Bourse : un gourou américain livre ses secrets

Après l’interview de Warren Buffet, dans cet article je vous propose une interview de Mebane Faber, gourou de l’investissement boursier aux Etats-Unis.

Cet interview est tirée de la newsletter « Investor Network » de l’agence de publication financière Bonner & Partners qui m’a été communiquée par un ami blogueur (merci Michael  😉 ). On y parle d’investissement et plus particulièrement de stratégie de revenus basée sur les dividendes et croyez moi, « Meb » comme on l’appelle outre Atlantique, est une véritable icône aux Etats-Unis, regardez plutôt (si vous avez des difficultés de comprehension, passez la flèche de votre souris sur la vidéo, cliquez sur la roue dentée des paramètres Youtube en bas à droite et sélectionnez le sous-titrage) :

 

Pour investir en bourse il faut une stratégie. Meb Faber nous présente celle basée sur les revenus des dividendes

Mebane Faber est en fait le directeur des investissements chez Cambria Investment Management. Sa stratégie d’investissement repose sur le long terme et, tout aussi important, elle est construite autour du concept du « faible coût ». Mebane Faber nous présente ici les termes de sa stratégie à savoir tout sur la meilleure façon de construire des portefeuilles d’investissement à long terme pour un maximum de profits.

Mebane ou Meb est un type vraiment intelligent… et il en connaît un rayon sur la façon de contrôler ses émotions quand il faut prendre des décisions d’investissement… Vous allez ainsi apprendre comment investir selon une stratégie basée sur les dividendes à savoir :

– Quels sont les facteurs importants pour déterminer votre potentiel d’augmentation de richesse à long terme ?

– Quel est le meilleur moment pour acheter des actions ?

– Quels sont les meilleures affaires boursières à réaliser ? – Et quatre étapes simples pour surperformer le marché ?      

Le journaliste du « Investor Network » (LJIN) : Je vais commencer par une question que je pose à tous les experts du Réseau des Investisseurs que nous interviewons. Comment avez-vous commencé à vous intéresser au monde de l’investissement?

Mebane Faber (MF) : Mes deux parents, mais surtout mon père, étaient intéressés par l’investissement. C’était en fait un sujet de discussion permanent à la maison et, à vrai dire, à un niveau de plus en plus élevé car non seulement nous en parlions au sujet de la bourse et des actions, mais aussi au sujet des entreprises du monde réel comme notre ferme familiale dans le Kansas. Donc, il s’agissait d’investissement au sens large. J’ai fait des études d’ingénieur en biotechnologie à l’Université de Virginie. J’ai pris également quelques cours de finance, pour le fun. Il s’agissait tout de même de cours d’un certain niveau dirigés par John Griffin, qui gère maintenant Ridge Capital. John était un protégé du légendaire gestionnaire Julian Robertson du Tiger Management. Ces cours ont en fait aiguisé mon appétit. Il s’est trouvé que tout ceci se déroulait à une époque intéressante vis-à-vis de la bourse : les années 2000. Alors, à la fin de mes études, l’Internet et l’industrie de la biotechnologie arrivés tout entiers à maturité. Vous vous souvenez peut-être que le génome humain a été séquencé à cette époque…  Et il y avait eu encore bien d’autres choses intéressantes qui arrivèrent sur les marchés ou des laboratoires à cette période… Sans parler bien sûr de la bulle spéculative. J’avais prévu de prendre une année sabbatique avant de revenir pour entreprendre un doctorat en biotechnologie. J’ai donc commencé un travail en tant analyste des actions biotechnologiques tout en continuant mes études supérieures en cours du soir. Grâce à cela j’ai pu combiner mes deux passions de l’époque à la fois : la biotechnologie et la finance. Après une année passée au poste d’analyste, je me suis dit : « Et si je refaisais une nouvelle année comme cela ? » ». C’est ainsi que j’ai décidé que ma carrière aller devenir un passe-temps. Petit à petit l’investisseur pris le pas sur l’homme de labo. Mais de toute manière je n’aurais jamais fait un bon scientifique. J’étais en fait particulièrement maladroit et déversais des virus un peu partout. Je n’étais vraiment pas doué pour ça.

LJIN : Vous vous décririez comme un super analyste ou un super investisseur ? Pouvez-vous m’en dire un peu plus sur votre métier ?

MF : Je dirais que je suis un analyste très éclairé. Cependant être analyste signifie avoir un cadre et des règles d’investissement. Pour ma part j’étudie l’historique des marchés autant que je le peux pour avoir une vision de ce que je peux attendre et de ce qui peut arriver. L’entraîneur d’une équipe de football (américain) possède un recueil de combinaisons de jeux pour choisir quelle combinaison est appropriée en fonction de quelle phase de jeu. C’est la même chose pour les marchés : il y a des règles à adopter pour bâtir un portefeuille et d’autres pour réaliser des ajustements (ou pas) que vous devez faire en fonction de situation potentiellement à risque ou à opportunité. Comprendre l’historique des données vous permet au moins d’imaginer ce qui peut ou pourrait se passer telle qu’une baisse ou un évènement plus positif. Etre analytique supprime de votre comportement les actions dictées par vos préjugés et vos émotions. A ce titre il existe de nombreux livres qui traitent du comportement économique et montrent que nous, les humains, sommes notre pire ennemi quand vient le moment d’investir.  

« …nous, les humains, sommes notre pire ennemi quand vient le moment d’investir »  

LJIN : Pourquoi pensez-vous que nous soyons aussi peu en phase avec nous même quand vient l’heure d’investir judicieusement?

MF : Nos émotions – en particulier, nos peurs – nous ont aidés durant des milliers d’années. Dans la savane africaine quand un lion nous poursuivait par exemple. Mais de nos jours, cet instinct ne nous aide pas à négocier des actions d’IBM, du pétrole brut, ou des obligations allemandes.

LJIN : Est-ce quelque chose que vous avez connu? Avez-vous déjà laissé vos émotions prendre le dessus lorsqu’il a fallu investir ?

MF : Comme beaucoup d’investisseurs, j’ai appris par essais et par erreurs. Je pense que c’est important non seulement en tant qu’investisseur, mais aussi en tant qu’être humain, pour tenter de rester honnête avec soit même, au sujet de ces points forts et de ces faiblesses. J’ai appris en perdant de l’argent ce qui me rend plus fort, plus confiant. Je sais ce que je peux faire et ce que je ne peux pas faire et cela me permet de prendre beaucoup de risques si l’opportunité m’en ai donné.  

« Comme beaucoup d’investisseurs, j’ai appris par essais et par erreurs »  

Voilà l’une des raisons que je décris comme étant celle qui définie un analyste très éclairé d’aujourd’hui. Pour réussir, j’ai besoin d’anticiper les interventions sur les marchés par la mise place de règles d’arbitrage que j’utilise afin d’éviter d’avoir la mauvaise réaction quand le marché chutera de 50%. Voilà où la plupart des investisseurs se tirent une balle dans le pied : ils paniquent à la moindre annonce, à la moindre tendance baissière ou haussière du marché.

LJIN : Suivez-vous la même règle pour tous vos investissements chez Cambria Investment Management? Pouvez-vous me dire ce qu’est Cambria et ce qui vous rend différent d’autres sociétés de gestion d’actifs ?

MF : Et bien j’ai cofondé Cambria en 2006 avec mon partenaire, Eric Richardson. Nous avons environ un portefeuille d’actifs de 480 millions $ en gestion aujourd’hui. Nous avons commencé avec des fonds spéculatifs privés, ainsi que des comptes individuels. Mais la majorité de notre activité est ouverte au public par la gestion de fonds boursiers de type ETF. Les ETF sont des structures très intéressantes pour packager une classe d’actifs ou une stratégie d’investissement. Ils ont un faible coût. Ils sont fiscalement très efficaces (aux Etats-Unis). Vous pouvez donc les acheter facilement grâce à un compte de courtage pour très peu de frais. Le but de tous ces fonds – et l’ensemble de notre gestion de liquidité en général – est d’offrir des stratégies par lesquelles nous investissons nous mêmes. Je peux avoir 100% de ma valeur nette investie dans nos propres fonds. C’est important. Savez-vous qu’il y a 75% des gestionnaires de fonds communs de placement qui possèdent moins de 100.000 $ investis dans leurs fonds propres ? Quand quelqu’un ne met aucun fonds propres dans ses produits vous pouvez vous dire : « Eh bien, si vous ne voulez pas investir dans vos fonds comment pouvez-vous demander qu’une autre personne le fasse ? ». Aussi, nous ne lançons des nouveaux fonds que s’ils n’en existent pas déjà un sous forme meilleure ailleurs. Vanguard, par exemple, est bien meilleur que nous pour lancer un certain nombre de fonds que nous ne serions pas capables de lancer nous mêmes. Mais nous pensons il ya beaucoup d’autres domaines où nous pouvons ajouter beaucoup de valeurs.

LJIN : Je connais plutôt bien les fonds de Cambria. Chacun d’entre eux est un véhicule financier destiné aux particuliers fondé sur des règles du système d’investissement. Est-ce que je les ai bien décrits ainsi ?

MF : Oui c’est ça. Ainsi, même si nos stratégies vont du simple « Acheter et attendre » à des fonds plus tactiques, tous sont des fonds basés sur des règles. Certains sont basés sur des tendances du marché et d’autres sur des valeurs plus globales. L’exemple classique d’une stratégie que nous avons lancé –et qui il est maintenant notre ETF le plus important – est le concept de rendement à l’actionnaire. Fondamentalement, cette stratégie tourne autour du principe qu’il ne fait pas de sens pour les investisseurs de se concentrer seulement sur les dividendes quand ils sont prêts à réaliser des opérations de trading sur les marchés. Pour la plupart des entreprises, la moitié de leur distribution en espèce aux actionnaires se fait sous la forme de rachats d’actions. D’autres réalisent des rachats d’actions par attribution d’options. Ainsi, si vous combinez ces deux mesures – dividendes ainsi que les rachats nets d’actions -vous obtenez une vision plus globale de la manière dont une entreprise distribue ses dividendes plutôt que par une vision uniquement basée sur des indicateurs. Si vous jetez un œil sur la littérature académique en complément de ce qui se passe dans la réalité, vous avez une vision à 360 degrés plutôt que de regarder uniquement les indicateurs des rendements de dividendes par société. Voici un exemple d’une stratégie packagée dans un ETF : nous scrutons les résultats de centaines d’actions… Analysons leur historique…Les classons en fonction de leur rendement intrinsèque… Et investissons dans les 100 meilleures, tout en minimisant au maximum les frais.

LJIN : Et comment distingueriez-vous cette stratégie par rapport à celle, plus simple, consistant à investir dans les dividendes les plus élevés ?

MF : Voici ce qui est intéressant concernant ce point…Si vous remontez à 1999, personne ne voulez entendre parler de stratégie basée sur les dividendes. Tout le monde voulait spéculer sur les actions technologiques qui émanaient de l’Internet. Ce qui avait pour incidence une très forte décote des actions à dividendes élevés par rapport au reste du marché. Cette décote se situait aux alentours des 20%. C’est la raison pour laquelle, historiquement, l’investissement dans ce type de support vous rapportez intrinsèquement 20 % « mécaniquement ». Mais à la fin des années 90, personne ne voulait des actions à forts dividendes. Il s’agissait d’un terrain très fertile : vous pouviez acheter des actions à dividendes élevés avec des réductions de marché pouvant aller jusqu’à 50% ! Mais après les crises boursières des années 2000 et celle de 2008 et que la Fed s’est mise à diminuer les taux d’intérêt à des niveaux ridiculement bas, tout le monde sur les marchés ce sont mis à rechercher les rendements. Le problème c’est qu’à partir du moment où les investisseurs se sont mis en quête des valeurs à hauts rendements, les flux de capitaux ont faussé les rendements par une augmentation des niveaux de valorisation des actions à fort dividendes. Et maintenant les titres à fort dividendes s’échangent à des niveaux élevés sur l’ensemble marché! Ceci a conduit les sociétés payeuses de dividendes élevés à sous-performer le marché au cours des deux dernières années. Et elles sont susceptibles de continuer à sous-performer. Les valorisations sont élevées. Et les sociétés payeuses de forts dividendes ont tendance à ne pas offrir des rendements élevés quand les taux d’intérêt sont à la hausse, en raison de la concurrence de ces taux plus élevés sur le marché obligataire. Vos lecteurs devraient courir – pas marcher mais bien courir – pour acquérir des actions à forts dividendes aux États-Unis, même si leur cours est élevé. Une bonne stratégie de rendement à l’actionnaire vous aide à éviter ces écueils. Elle vous permet de constituer les meilleurs portefeuilles boursiers. Et elle reste en très forte corrélation avec les flux de trésorerie … ce qui signifie que vous allez obtenir des entreprises qui offrent beaucoup de dividendes des flux de trésorerie positifs.

LJIN : Le projet de loi a mis en garde que les marchés boursiers américains sont surévalués et que, par conséquent, les rendements à long terme sont susceptibles de décevoir. Est-ce une vue que vous partagez?

MF : Il ne fait aucun doute que les bourses américaines sont richement valorisées et cela se voit au travers des évaluations réalisées. Il faut cependant prendre en considération des évaluations plus conjoncturelles prenant en compte des indicateurs spécifiques afin de comprendre les fluctuations des marchés.  

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LJIN : Pouvez-vous nous donner un exemple d’analyse conjoncturelle ?

MF : Les bénéfices des sociétés fluctuent, parfois de façon spectaculaire, d’une année sur l’autre. Ainsi, en se fondant sur une seule année, la valorisation des gains d’une entreprise peut vous donner une image biaisée. En regardant les gains moyens sur 10 ans, vous lissez les fluctuations de bénéfices ce qui vous donne une meilleure vision de ce qu’une entreprise vaut. Idéalement, vous devriez avoir la confirmation à travers les indicateurs de valorisation. Et qu’est ce que vous voyez aujourd’hui ? Chaque métrique d’évaluation émette des « warnings ». Est-ce pour autant que la situation est critique ? Je ne le pense pas.

LJIN : Donc, vous ne pensez pas que nous sommes dans une bulle spéculative?

MF : Je ne pense pas que le marché est entré dans une bulle spéculative à l’heure actuelle. Une bulle spéculative, pour moi, signifie qu’il n’y a aucun moyen rationnel de faire de l’argent avec un investissement boursier au cours de la prochaine décennie. Je pense simplement que le marché est cher. Mais cela signifie aussi que les rendements futurs vont probablement baisser ou du moins être inférieurs à ce que les gens attendent. Nous cherchons les perles rares sur le marché américain. La bonne nouvelle c’est que les bourses mondiales restent à des prix modérés comme elles ont sous-performé la bourse américaine depuis la crise financière mondiale. En particulier en Europe – plus précisément à l’Est et les pays européens émergents, ainsi que des pays tels que la Russie et le Brésil ne sont pas très pas chers maintenant. Le marché boursier russe, par exemple, se base sur un ratio CAPE de 5. Les transactions sur le marché brésilien sur un ratio de CAPE d’un peu plus de 9 et dans les pays de l’Est de l’Europe les échanges s’opèrent sur une base 8. Mais vous ne voulez mettre les pieds dans ces pays à cause des risques et de la volatilité qui y existe. C’est pourquoi nous avons bâti un fond, le Cambria Global Value ETF, qui intervient sur les onze pays les moins chers du monde de sorte que vous avez un niveau intéressant de diversification. Historiquement, l’achat d’un panier d’actions dans les pays ayant le plus faible Ratios Cap a été un excellent levier d’investissement. Cela constitue une bien meilleure stratégie en ce moment, à mon avis, que d’acheter dans un marché boursier très cher comme celui des États-Unis, marché qui atteint les ratios les plus élevés de son histoire.

LJIN : Donc vous conseilleriez aux lecteurs de diversifier leurs placements boursiers en dehors des États-Unis ?

MF : Une erreur classique que font les investisseurs – en particulier les investisseurs américains  – est de sur-représenter les investissements dans le pays où ils vivent. Les Américains, en moyenne, ont environ 70% de leur portefeuille en actions américaines … alors que seulement environ la moitié des actions du monde sont répertoriés aux États-Unis. Un conseil que je peux vous donner : penser global. Aussi je recommande à vos lecteurs d’avoir au minimum la moitié de leur portefeuille en actions étrangères.

LJIN : C’est intéressant que vous parliez de l’effet des valorisations élevées du marché américain en des termes décevants. Beaucoup de gens voient les valorisations élevées d’aujourd’hui et les interprètent avec méfiance en songeant déjà à une catastrophe à venir. C’est comme si nous nous regardions tous dans l’attente de la prochaine dépression. Je suppose que vous n’êtes pas le genre de personne à scruter les marchés nuit et jour ?

MF : Le problème c’est de dire que les rendements futurs sont susceptibles de décevoir …au lieu d’accepter qu’il puisse y avoir des cracks, quoiqu’il arrive… parce que dire cela n’a pas bonne presse. Voilà pourquoi les experts aiment à dire que le marché boursier est très abordables et qu’il faut acheter ou qu’il est trop cher et qu’il a des risques de bulle spéculative et de crack. Mais entre ces deux situations, il y a un entre deux. Même avec les niveaux actuels, le marché boursier américain pourrait déraper et ce pour un certain nombre d’années. Cela pourrait aussi légèrement descendre pendant quelques années. Cela pourrait également totalement se crascher. Nous pourrions avoir un autre marché baissier sur du long terme ou les bourses pourraient aussi continuer à monter. Qui sait ce qui pourrait arriver? Mais en général, le bon réflexe est de penser que vos rendements vont se détériorer si les bourses montent et inversement. C’est comme si vous jouiez au casino quelque part. Personne ne peut vous garantir un résultat, une issue favorable ou défavorable. Cependant le suis les tendances au cœur de la bourse. J’ai écris quelques papiers au sujet des suivis de tendance. J’ai même écris récemment dans un blog un article qui s’intitule  « 10 graphiques baissiers, 1 Graphique haussier » où je donne ma vision de la bourse en général.

LJIN : Votre dernier livre s’intitule « Global Asset Allocation ». Je l’ai lu, et Je l’ai trouvé fascinant. Le message de base est que la combinaison exacte des classes d’actifs dans votre portefeuille importe moins que les frais que vous payez pour votre portefeuille. Pouvez-vous me dire un peu plus ?

MF: Les investisseurs passent 90% de leur temps à allouer des actifs – en d’autres termes, combien de liquidités ils investissent dans des actions, des obligations, des matières premières, etc. Donc, j’ai regardé les modèles d’allocation d’actifs des 15 gestionnaires parmi les plus brillants dans le monde. Ces gars  gèrent des centaines de milliards de dollars … comme Rob Arnott, Ray Dalio, Mohamed El-Erian ou encore David Swensen. J’ai analysé aussi les modèles au cours des années, sur les 20 ou 30 dernières années. J’ai testé chacune de ces allocation d’actifs depuis 1973 pour voir comment ils se comportaient sur le long terme – à la fois sur un nominal et sur une base réelle, tout en prenant en compte l’inflation.

LJIN : Et les résultats sont surprenants …

MF: Oui tout à fait. Bien que toutes les allocations d’actifs aient été complètement différentes les unes des autres, j’ai trouvé qu’ils avaient tous des performances incroyablement similaires sur plus de trois décennies … pour autant qu’ils possédaient les principaux ingrédients suivant : des actions et des obligations du monde entier et des actifs réels, tels que l’immobilier et les matières premières. Ceux qui avaient plus d’actifs réels ont fait mieux dans les années 1970, dû à des niveaux d’inflation élevés. Ceux qui ont sous-performé durant cette période ont vu leur performance augmentée dans les années 1980 et 1990 grâce à des niveaux d’inflation relativement bas. Pour ceux qui avaient plus d’actions, ou des capitaux propres en investissement, ils ont fait mieux dans les années 1980 et 1990. Cependant si nous mettrons les indicateurs le long terme, nous obtenons des performances similaires. Si vous excluez la part de liquidité des portefeuilles – qui représente en règle générale 25 % du total – la différence est d’un point en pourcentage sur les rendements effectifs.

LJIN : C’est fascinant. C’est beaucoup moins que certains experts semblent l’affirmer…

MF: Ca l’était aussi pour moi … Puis, j’ai réalisé une expérience assez simple en me posant cette question : que ferions-nous si nous pouvions remonter le temps et investir en 1973 et que nous nous disions : « Très bien, je vais investir dans le meilleur de ces 15 portefeuilles ». Que feriez-vous donc si vous aviez entre les mains une prévision parfaite, en d’autre terme, quelle allocation d’actifs seraient la plus profitable ? Maintenant, disons que vous avez implémenté votre allocation d’actifs au travers d’un fond commun de placement. Et vous avez payé la moyenne annuelle des frais pour les fonds communs de placement de 1,15% par an. Eh bien, cette charge imputera la performance de la plus performante des allocations d’actifs jusqu’à la performance la plus dégradée des allocations d’actif ! Ensuite, vous vous dites: «Vous savez quoi? Je vais faire appel à un conseiller financier qui va m’aider à rester sur la bonne voie avec mon allocation ». Eh bien, la charge moyenne pour un conseiller financier est de 1% par an. Si vous ajouter la taxe moyenne de 1% à la charge de 1,15% en moyenne pour les fonds communs de placement, qui prend les allocations d’actifs les plus performants vous obtenez un résultat bien pire encore. Sur le long terme, les frais que vous payez sur votre portefeuille sont plus importants que votre allocation d’actifs elle-même ce qui plombe votre profitabilité. C’est un résultat somme toute bizarre car, comme je le dis souvent, la plupart des investisseurs passent 90% de leur temps à allouer des classes d’actifs et à optimiser les pourcentages de chaque classe d’actifs. Est-ce que l’or va monter? Les obligations vont-elles entrer dans une bulle? Qu’en est-il des décisions de la Fed? Mais la répartition n’a pas autant d’importance. La vraie question est : combien vous payez en frais pour posséder ce portefeuille ? Les frais de gestion et les charges et taxes sont beaucoup plus importants que la répartition des classes d’actifs de votre portefeuille. Voilà pourquoi nous avons récemment lancé un nouveau ETF à Cambria appelé l’allocation Cambria Global Asset ETF (NYSE: GAA). Nous nous sommes dit, «Nous allons offrir un fonds qui a des frais de gestion de 0% et il sera investit dans 29 fonds qui, combinés, vous donne accès à 30.000 titres autour du globe. Il en coûte effectivement 0,29% en frais à l’investisseur.  

« … la répartition (d’actifs d’un portefeuille d’investissement en bourse) n’a pas autant d’importance. La vraie question est : combien vous payez en frais pour posséder ce portefeuille ? »  

LJIN : Certains grands spécialistes affirment que l’on ne peut pas surperformer le marché uniquement par des sélections de titres et un timing performant entre achat et vente. Comment vous situez-vous par rapport à ce courant de pensée ?

MF : C’est tout à fait vrai. Vous pouvez imaginer des stratégies où vous profiter des biais comportementaux aux extrêmes. Par exemple, vous ne trouverez aucune personne saine d’esprit pour dire que le Japon n’était pas dans une situation de bulle spéculative en 1989. Nous avons un bonne exemple l’année dernière : tout le monde s’est mis à haïr la bourse russe parce que chaque jour le marché boursier russe était en baisse massivement. Poutine prenait des décisions politiques qui avaient une incidence négative sur le monde de la finance. Les États-Unis et l’Europe ont sanctionné sa politique. Mais comme cette histoire est tombée petit à petit aux oubliettes, le marché boursier russe est devenu l’un des plus performants au monde. La hausse est d’environ 20% jusqu’à présent cette année, par rapport à un gain d’environ 1% pour le S & P 500. Lorsque les choses vont très mal et qu’elles repartent, c’est le bon moment pour investir. La Grèce incarne cela en ce moment. Le pays fait la une des nouvelles tous les jours. Les actions sont bradées. D’ailleurs tout est bradé. Il y a un fort désordre social et économique. Mais la bourse grecque a été injustement ternie à mon avis. Ainsi, vous avez là un scénario fertile où vous pourriez avoir de bons rendements futurs … mais il va falloir vous montrer patient. Cette année a été une grande année pour ce type de stratégie. Un grand nombre de pays d’Europe sont passé d’une situation difficile à correcte voire très correcte. L’Italie en est un bel exemple. Elle est en hausse de 23% depuis le début de cette année. L’Espagne est aussi un autre bon exemple. Elle est en hausse de 10% cette année.

LJIN : Quel conseil pouvez-vous donner en matière de développement de fortune ? Que devrions-nous faire pour construire et conserver nos actifs au fil du temps?

MF: Je dirais que la chose la plus importante est de bien vous connaître, avoir en tête votre connaissance du marché, en commençant par lire des livres spécialisés sur les sujets boursiers. Mon livre préféré sur l’investissement, « Triomphe des Optimistes : 101 ans de retour sur investissement mondial » (Triumph of the Optimists – 101 Years of Global Investment Returns) d’Elroy Dimson, Paul Marsh et Mike Staunton, raconte l’histoire des retours sur investissement d’actions et d’obligations autour du monde. Il montre que, sur le long terme, les bourses américaines, après des ajustements liés à l’inflation, sont retournés à des niveaux en moyenne entre environ 6% et 7% par an. La moyenne des autres pays est seulement d’environ 5% de rendement annuel moyen. Mais si vous avez grandi en Autriche, par exemple, et que vous avez vécu assez longtemps (115 ans), votre performance réelle est de 0% en moyenne annuellement sur le support boursier. Vous ne pouviez évidemment pas nécessairement prédire cela en 1900 et investir plutôt aux États-Unis qu’en Autriche. Il en va de même pour la Chine ou la Russie où vos investissements ne vous auraient rien rapportés à cause des régimes communistes qui ont fermé les marchés. Donc, vous avez besoin de regarder l’historique et savoir ce qui est possible et ce que vous pouvez attendre de vos investissements. Une fois que vous comprenez cela vous avez aussi besoin de connaître tous les pièges que vous devez éviter pour ne pas ruiner vos efforts et les processus que vous mettrez en œuvre. Je recommande à vos lecteurs quelques livres de James Montier. Montier a écrit beaucoup de bons livres sur la psychologie comportementale et l’économie comportementale. Pour débuter vous pouvez par son dernier livre, « Le petit livre de l’investissement comportemental : comment ne pas être votre plus mauvais ennemi(e) » (The Little Book of Behavioral Investing: How not to be your own worst enemy by Montier, James (2010) Hardcover). Ce livre vous aidera à comprendre tous ces non-dits qui vous gâcherons vos chances de construire et préserver votre richesse au fil du temps. Comme je l’ai dit au début de notre conversation, la chose la plus importante est de mettre en place des règles pour vous aider à garder le cap quoiqu’il arrive même dans les moments où votre instinct cherchera à prendre le dessus. J’espère que cette présentation/interview vous  à plus. Si vous avez des remarques, n’hésitez pas à m’en faire part.

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